Les cartes comme ressources pour l’histoire des paysages et de l’utilisation des terres

Introduction

Comment les cartes historiques peuvent-elles nous aider à mieux comprendre les changements dans le paysage et l’utilisation des terres à l’Î.-P.-É.?

 Les cartes historiques deviennent de plus en plus accessibles pour une variété de recherches historiques, soit pour l’utilisation dans la salle de classe ou encore pour des individus qui cherchent à tracer leur arbre généalogique ou l’histoire de leur communauté. Le projet IslandImagined du Robertson Library à University of Prince Edward Island est en train de numériser un grand nombre de cartes historiques de façon systématique.

 Même si les cartes historiques ont été une grande source pour la généalogie (Coles), les historiens ont seulement récemment commencé à les utiliser de façon plus régulière. Leur réticence de les utiliser était probablement basé sur l’accès limité aux collections fragiles et de grand format, mais l’accessibilité aux collections de cartes numérisées et même la manipulation des cartes historiques grâce aux Systèmes d’information géographique (SIG) ouvrent les portes à tout un monde de cartographie pour un plus grand nombre d’apprenants. D’excellents exemples de géographie historique sous la forme de l’Atlas historique du Canada et d’autres volumes ont récemment démontré la puissance d’utiliser des cartes autant pour lire que pour enseigner l’histoire, et IslandImagined et d’autres collections disponibles sur le Web ajoutent une dimension digitale à la recherche. Le résultat est ce que l’on réfère comme étant une tendance spatiale dans les domaines de l’histoire, la généalogie et les sciences sociales (Knowles, 2002, 2008). Comparer ces documents de différentes époques ajoute une composante spatiale aux questions temporelles. Les chercheurs dans les domaines de l’histoire, de l’écologie, de la généalogie et de la planification de l’utilisation des terrains qui demandent « qui, et pourquoi à ce moment là? » peuvent maintenant plus facilement utiliser des cartes historiques et demander « où, et pourquoi à cet endroit? »

 Au moment que l’on commence à chercher pour un ancêtre à l’Î.-P.-É. ou encore que l’on veut identifier des tendances dans l’utilisation des terrains à l’ère britannique, on est confronté par la structure unique du système foncier de l’Île. Le système fut établi après l’expulsion des Acadiens et, de bien des façons, a déterminé le paysage physique et social de l’Île. Afin de faciliter la colonisation des Britanniques sur ce qui allait devenir l’Île-du-Prince-Édouard, la colonie fut arpentée par Samuel Holland à l’hiver 1764-1765. Des lots d’environ 20 000 acres chacun allaient créer les établissements majeurs de l’Î.-P.-É., un peu comme le système de seigneuries au Québec et les cantons dans les autres parties de l’Amérique du Nord britannique. La grande différence à l’Î.-P.-É. est que ces lots étaient donnés à des absentéistes et d’autres grands propriétaires en s’attendant qu’ils allaient encourager l’immigration et l’occupation sédentaire des terres. La relation entre les nouveaux résidents et les propriétaires a tout simplement été appelée « land question » (question de terre), et ceci a laissé une marque indélébile sur l’histoire de l’Île (Coles, Hatvany).

 Cependant, en mettant le focus sur la relation entre les insulaires et les propriétaires, cela nous a souvent empêché de comprendre la relation entre les insulaires et la terre. Les cartes historiques sont une façon de permettre aux chercheurs de dépasser la question de la terre et commencer à poser des questions différentes à propos de l’histoire environnementale, la subsistance et l’échange. Nous pouvons poser des questions comme : Comment le paysage de l’Île fut imaginé dans les cartes et les illustrations, et comment est-ce que ces perceptions ont changé au fil du temps?  Quel fut l’effet de l’activité humaine sur l’environnement, et comment les ressources naturelles de l’Île sont parvenues à soutenir les humains et autres êtres dans la province? Est-ce qu’une partie de cette activité humaine est devenue insoutenable et, si oui, quand? L’histoire du paysage et de l’utilisation des terrains devrait aussi informer les planificateurs et les responsables de l’élaboration des politiques, et comme un journal scientifique l’a bien décrit : « Les cartes et la littérature historiques représentent une source de données riche et un outil de grande valeur pour permettre de surpasser le caractère à court terme des études écologiques » (Bromberg and Bertness, p. 829).

 On a inclus systématiquement dans les cartes historiques des caractéristiques topographiques qui sont essentiels afin de comprendre l’activité humaine et les changements environnementaux. Ces caractéristiques peuvent être comparés aux cartes plus récentes, aux inventaires, et aux descriptions qualitatives afin d’identifier des patrons de continuité et de change dans le paysage insulaire et les communautés qui l’ont formé.

 

Définitions et sources importantes

Les cartes historiques de l’Î.-P.-É. sont disponibles dans toute une variété de grandeurs; quelques-unes étaient imprimées dans une formule normalisée et plusieurs doivent être entreposées dans des collections destinées aux documents en dehors des dimensions normales. Il n’y avait pas de format standard et la variété d’information disponible sur les documents est à la fois impressionnante et porte à confusion. Il est également difficile de catégoriser les différentes sortes de cartes historiques. On fait une distinction plus simple en séparant les cartes de référence générale, où l’on peut répondre « où est quoi », et les cartes thématiques qui furent créées pour répondre aux questions de quantité et de valeur par rapport à l’espace. Les deux formats sont utiles pour déterminer les changements au paysage, mais les cartes thématiques sont les meilleures façons de comprendre l’utilisation des terrains. Les cartes thématiques peuvent inclure des cartes de routes et les lignes de navigation, la densité de la population, les engagements militaires, les ressources naturelles, ou les plans cadastraux qui désignent les frontières entre les propriétés.

Dans le cas de l’Î.-P.-É., ce qui va déterminer si une source est importante va dépendre des questions qui sont posées. Quelques excellents exemples de cartes hautement détaillées sont affichés ci-dessous; tous les documents originaux peuvent être accédés à Musée et patrimoine Île-du-Prince-Édouard.

+ La carte d’Ashby comprend toutes les mesures de sondage des rivières et des côtes, la grille des transports et l’emplacement et description des moulins et habitations. Notez que Jeffreys et Ashby ont calculé les arpents pour chaque lot et le total pour chaque comté, une indication qu’on apportait une importance particulière sur le nouveau système de colonisation.

+ Les caractéristiques démontrés dans cet atlas comprend les chemins et les noms des chemins; l’hydrologie telle que les traits de côtes, les rivières, les ruisseaux ; les noms des rivières ; la mesure des profondeurs ; les marais ; la toponymie (noms des villages, cantons, etc.) ; édifices principaux comme des maisons (résidence primaire), moulins et quais ; noms et parfois des croquis de commerces et de bâtiments communautaires ; noms de bureaux de poste ; noms de propriétaires ; et la taille des parcelles de terrain.

+ De plus, The Meacham Companion est un livre de référence qui peut facilement être lié (peut-être sur ce site éventuellement) à des secteurs sur la grille et être examiné pour les surnoms qui apparaissent sur les lots de l’Î.-P.-É. (Enman).

+ Semblable au Illustrated Atlas de Meacham, l’Atlas de Cummins publiait les noms et les limites territoriales pour chaque propriétaire dans les communautés rurales de l’Î.-P.-É. Ce livre comprend aussi un répertoire postal en ordre alphabétique pour chaque lot, mais les maisons privées et les lieux de résidence ne sont pas indiqués sur les cartes.

D’autres genres de cartes historiques disponibles pour l’Î.-P.-É. comprennent des cartes électorales et de recensement, des cartes de vue en plan, des cartes d’assurance-incendie, les levés géologiques et cartes de ressources naturelles créées à partir de photographies aériennes et d’autres formes de télédétection. Les documents que les insulaires créaient pour décrire leur vision des paysages pouvaient aller d’une description personnelle à des cartes générées par des levés systématiques tels que des cartes de vue en plan. Depuis les années 1930, les gouvernements et autres groupes concernés ont utilisé la télédétection, ou encore des données recueillies à partir d’images telles que des photographies aériennes ou des images satellite, afin de créer des inventaires détaillés des ressources de l’Île et de ses caractéristiques topographiques. Dans les centres urbains, les cartes de vue en plan et cartes d’assurance-incendie ont été particulièrement pratiques pour explorer le paysage naturel et bâti, cependant, tout comme les cartes historiques, il est mieux de combiner ces découvertes avec d’autres sources (Boylan).

 

De l’exploration à l’occupation : l’Î.-P.-É. dans le monde de la cartographie

Les cartes combinent la topographie, l’histoire et l’art. Elles sont des documents qui permettent aux gens d’exprimer leur cosmos et de tenter de mieux comprendre leurs mondes. Les conventions cartographiques étaient déjà en place lorsque la plupart des cartes de l’Île furent dessinées. L’expression artistique était importante lors de la création de ces cartes, mais elle devait céder la place à l’ordre et les standards cartographiques.

La carte Lake, l’atlas de Meacham et d’autres atlas historiques de la fin du 19e siècle étaient dessinés à une époque dans laquelle l’acte d’enregistrer des noms et des limites de propriété sur une grille servaient autant à des actes du pouvoir de l’état qu’une preuve de progrès scientifique. Des cartes peuvent être utilisées comme des outils pour persuader et pour contrôler. Dans son livre Seeing Like a State, James Scott argumente que le plan cadastral représente une nouvelle ère dans la tentative de « mesurer, codifier et simplifier » la connaissance locale (Scott, p. 36). Le procédé par lequel on représente la sphère de la Terre sur papier en deux dimensions signifie que toutes les cartes vont favoriser une certaine perspective ou une vue du monde telle que vue par le cartographe. De plus, il n’y a pas de centre logique et pas de standard au niveau de l’orientation pour déterminer la façon qu’une carte devrait être dessinée. Ces décisions sont prises par un humain, et même si le fait de baptiser un lieu comme Stanley Bridge le « centre de l’univers » est un peu frivole, la maison d’une personne ou sa communauté est aussi valide comme point de départ comme un autre.

Les plans cadastraux étaient autrefois limités à des inventaires de terres privées, mais au 16e siècle les gouvernements les utilisaient de plus en plus. Rendu au 19e siècle, les États-Unis, la Grande-Bretagne et les colonies britanniques menaient dans l’utilisation de cartes pour fins de statistiques, propriété et utilisation des terres. Par exemple, le levé d’état-major britannique (British Ordnance Survey) créa de grands plans cadastraux des paroisses en Angleterre et au Pays de Galles dans les années 1830 et 1840. Et en Amérique du Nord, les plans cadastraux étaient développés en même temps que l’expansion agricole, la colonisation et la distribution des terres aux individus et aux propriétaires collectifs (Hodgkiss).

Les cartes d’utilisation des terres les plus anciennes étaient créées dans bien des pays européens, surtout en Hollande, mais les Britanniques étaient les maîtres des cartes à utilisation des terres au 19e siècle. En 1800, Thomas Milne créa des cartes qui mettaient en vedette dix-sept différentes catégories d’utilisation des terres autour de Londres, et créa le premier levé national depuis que le Domesday Book  fut cartographié dans les années 1930 pour le levé d’utilisation de terrain (Land Utilization Survey) de Grande-Bretagne. Rendu au milieu du 19e siècle, presque toutes les caractéristiques de la population, société, développement économique, et utilisation des sols britanniques étaient cartographiées par des groupes, du levé d’état-major britannique à l’Armée du Salut. Les efforts pour cartographier les colonies britanniques ainsi que la planification pour l’occupation de celles-ci étaient ressentis partout sur la planète, et c’est dans ce contexte que de l’arpentage extensif et des cartes de l’Î.-P.-É. à grande échelle telles que la carte Lake et l’atlas de Meacham’s ont été créées.

 

Cartes topographiques de l’Île-du-Prince-Édouard

Au début du 18e siècle, des cartographes de l’Acadie et de la région Atlantique ont mis le focus sur les bancs de pêche et les caractéristiques côtiers afin de guider les explorateurs, les expéditions militaires et les bateaux de pêche.  Les descriptions des eaux intérieures étaient sans information importante et d’autant plus trompeuses.  Laisser un espace vide sur une carte n’était pas encouragé, donc parfois on imaginait des caractéristiques topographiques comme une chaîne de montagnes (MacNutt).

Cependant, les cartes qui datent du 18e siècle ont encore été utiles dans l’étude des changements au paysage, surtout puisqu’une grande attention était apportée aux caractéristiques côtiers.  Les spécialistes en environnement Keryn Bromberg et Mark Bertness ont utilisé les cartes historiques de la Nouvelle-Angleterre afin d’établir l’espace du marécage en 1777 et de tracer les pertes dues à la montée du niveau de la mer, l’altération des cours d’eau, l’expansion agricole, le développement urbain et autres changements dans l’utilisation des terrains (Bromberg et Bertness).  Les historiens de l’Î.-P.-É. ont aussi commencé à étudier les changements dans l’écosystème et le paysage physique de l’Île.  Matthew Hatvany a examiné la relation entre les communautés agricoles et les marais salants de l’Î.-P.-É. et de la région Atlantique.  Doug Sobey a utilisé les cartes historiques et des sources qualitatives dans son livre Early Descriptions of the Forests of Prince Edward Island (2002), et ensemble avec William Glen ils ont collaboré sur plusieurs projets qui adressent l’utilisation des terres agricoles et forestières dans l’histoire de l’Île (2004).

Au début de la période britannique, une différente cosmologie était exprimée dans le cartouche et d’autres images sur les cartes dans les Maritimes.  En partant de la gravure de Thomas Kitchin dans laquelle on voit des colons engagés dans le voile, la pêche, le débroussaillage de la zone côtière dans sa carte de 1749

Figure 1 -

aux sketchs stylisés des fermes progressives et des entreprises dans Meacham’s Illustrated Atlas of PEI, les images qui accompagnent les cartes démontrent la transformation humaine du paysage.  C’était une île qui pouvait soutenir la vie et l’établissement et aussi accommoder les notions de progrès que les gens associaient avec l’Empire britannique et sa révolution industrielle.  Les cartes à l’époque de la colonisation anglaise ont mis le focus sur des caractéristiques pratiques tels que les villes, les mines et les établissements agricoles le long de la côte.  Les caractéristiques côtiers sur les cartes les plus anciennes étaient plutôt fonctionnels, tels que les mesures sonores et les descriptions nautiques des baies et des rivières; avant la fin du 18e siècle, la fonction des cartes avait moins rapport à la cosmologie, l’art et l’exploration et la conquête impériaux, plutôt qu’à la manipulation individuelle de ressources.  Aux yeux des Européens, ce processus prendrait une occupation ordonnée des terres, une connaissance détaillée des ressources naturelles, et le déplacement de la population indigène qui était vue comme étant une menace.

Les forêts et autres terres intérieures qui étaient démontrés comme étant des espaces vides ou des topographies imaginées sont devenues aussi importantes que l’océan aux cartographes.  Les côtes de l’Île-du-Prince-Édouard, comme la plupart du monde subarctique, étaient mesurées intensivement au 19e siècle, et le focus du cartographe s’est déplacé des côtes et des ressources en mer aux lignes de la terre.1

 

 

Plans cadastraux de l’Île-du-Prince-Édouard

Les plans cadastraux les plus simples démontrent des limites des parcelles de terre telle que déterminé par l’arpentage, et ces parcelles sont habituellement nommées ou numérotées afin de correspondre à la propriété légale et aux impôts fonciers.  Ces cartes ne comprennent habituellement pas les accidents de terrain sauf lorsque c’est important pour identifier les limites des propriétés.  Ils démontrent aussi des restrictions et des servitudes des droits sur la terre, et les plans cadastraux les plus élaborés peuvent inclure les édifices, les propriétés, l’information sur les impôts et la valeur de la propriété et parfois aussi les noms des propriétaires.  La majorité des plans cadastraux font peu de mention de l’utilisation des sols.  Pour avoir cette information, il faut comparer les listes cadastrales avec d’autres documents tels que les recensements, les journaux et livres de comptabilités des fermes, ainsi que d’autres sources qualitatives.  D’une façon, les caractéristiques concernant l’utilisation des sols n’intéressaient pas l’état sauf dans le cas des recensements.  La documentation comprise dans les plans cadastraux servait de mécanisme pour tenir compte de la valeur d’une propriété et de son emplacement.  James Scott argumente que les plans cadastraux servaient aux gens de l’extérieur qui voulaient mieux comprendre la situation locale (Scott, p. 45).  Le projet de IslandImagined permet aux chercheurs de mieux connaître la collection extensive des cartes et plans cadastraux du 19e siècle.  Ces documents descriptifs étaient, à l’origine, utilisés pour faire la connexion entre les propriétaires et les concessions, les actes de vente, les preuves de paiement, ainsi que les paiements d’impôts fonciers.  Dans beaucoup de cas, les cartes démontrent les frontières des propriétés, cependant le premier plan cadastral à démontrer les frontières était l’Illustrated Atlas de Meacham en 1880.

Meacham’s Illustrated Atlas était une ressource clé pour IslandImagined, et ça représente tout un éventail d’options pour la recherche sur les paysages et l’arpentage.  Les atlas hautement illustrés produits par J. H. Meacham et autres maisons d’édition étaient conçus pour attirer un plus grand marché et furent très populaires dans les autres coins du pays à cette époque.  Ces atlas indiquaient les frontières cadastrales et des répertoires des habitants de plusieurs propriétés dans les lieux ruraux et les petites villes.  Pour consulter d’autres exemples issus d’une collection d’atlas historiques numérisés ontariens, voir le Canadian County Atlas Digital Project.

Dans cette image du lot 31 (Figure 2), nous pouvons suivre les contours du paysage à partir de Clyde River le long de Bannockburn Road, ce qui nous permet d’observer l’environnement naturel et bâti qui est très différent du paysage que nous voyons aujourd’hui.  Certains points de repère visibles sur la carte existent toujours aujourd’hui, tel que la maison Atwell construite en pierre de taille à l’endroit de la propriété de Zac Mayhew (A) (Figure 3).  D’autres logements, tels que la maison d’Archibald McFadyen sur une propriété de 105 acres (B) n’existent plus et leur emplacement n’est évident que par une simple variation dans le paysage et un seul arbre debout dans ce qui était autrefois une ferme (Figure 4).

Figure 2 : Détail du lot 31, Meacham’s Illustrated Historical Atlas of Prince Edward Island

Figure 3 : Maison en pierre de taille Atwell, désignée comme Lieu patrimonial provincial.

Figure 4 : Paysage actuel de l’ancienne propriété d’Archibald McFadyen sur le chemin Bannockburn dans l’atlas de Meacham

(Foundation ridge= Crête de la fondation

Surviving tree from yard = Arbre de l’ancienne ferme)

Cette marche virtuelle sur le chemin Bannockburn nous révèle qu’une petite section de la partie supérieure de la rivière Clyde avait un barrage dans pas moins de 4 lieux en 1880 afin de fournir de l’eau à une demi-douzaine de moulins locaux.  Le dernier barrage est apparu près du carrefour de Kingston où une concentration de magasins, moulins et église desservait la communauté agricole des alentours (Figure 2 : C).  Cependant, tous les moulins et barrages sont maintenant disparus.  La rivière Clyde afflue, boueuse mais sans entraves, dans la West River ; l’intersection à Kingston n’a qu’une petite église, une salle communautaire et d’anciens magasins et églises qui ont été rénovés en résidences.

Dans un autre scénario,  nous pouvons utiliser les atlas de Meacham et Cummins au fil du temps pour comparer les caractéristiques topographiques et ainsi voir la réaction de l’homme (ou l’absence de réaction) face à l’érosion côtière.  Puisque son nom usuel est « the Acadian peninsula », ce n’est pas surprenant qu’une grande partie du lot 15 est exposée à l’érosion.  Une flèche précaire à l’embouchure de la rivière Haldimand était enregistrée comme étant une terre appartenant au Angus McMillan Shipyard en 1880, cependant, l’atlas de 1927 nous suggère que cette parcelle de terrain ne pouvait servir de propriété (Figure 5 et Figure 6).

 

Figure 5: détail du lot 15, 1880

Figure 6: détail du lot 15, 1927

                                                                                         

 

 

Photographies et cartes aériennes

Lorsqu’on consulte les photos aériennes de 1935/1936 pour vérifier le même lieu, nous pouvons voir clairement que l’atlas de 1927 (une copie presque fidèle de Meacham’s) n’était pas trop précise (Figure 7).2  La photo aérienne démontre un terrain plus important à l’embouchure de la rivière (A), et une concentration de véhicules ou de petits édifices sur la pointe.  La carte Cummins avait raison de préciser que la pointe n’était plus utilisée comme chantier naval, mais il est clair que l’espace était utilisé pour d’autres activités, probablement pour l’industrie de la pêche.  Une recherche plus profonde dans les documents relatifs aux terres et les annuaires des entreprises nous mettrait en lumière le destin du chantier naval, et des photos plus anciennes du paysage peuvent aussi nous permettre de mieux comprendre l’utilisation de ce terrain dans cette communauté.  La photo aérienne démontre aussi que les propriétés avoisinantes n’étaient pas propices à l’agriculture ou à l’habitation dans les années 1930.

En nous propulsant à l’année 2000, nous voyons bien que le paysage de la péninsule Haldimand a changé de façon dramatique au cours du vingtième siècle du à l’érosion et aux courants d’eau.  Le paysage dans la figure 8 comprend une flèche beaucoup plus petite, et il n’y a aucun signe d’industrie sur la pointe.  Il y a plus d’activité au lieu où le quai est situé (D), et des champs agricoles sont redevenus des forêts dans d’autres lieux.  Nous pouvons voir, en examinant l’accroissement dans le développement le long de la côte et le peu de distance séparant les nouvelles résidences du Détroit de Northumberland, qu’il y a peu de réaction des gens à l’érosion de la côte (C).  Plusieurs édifices construits avant 1935 (B) n’y sont plus en l’an 2000 (E).

Figure 7 : Photo aérienne du lot 15, 1935/1936

Figure 8 : Photo aérienne du lot 15, 2000

Comparer les interprétations historiques du paysage avec la photographie plus moderne nous permet d’améliorer notre connaissance de ce qu’est la relation entre l’humain et la terre où il habite.  C’est tout simplement un autre exemple de l’importance d’intégrer de multiples perspectives dans nos recherches.  Cependant, il y a une multitude de données que nous pouvons extraire de ces cartes historiques même sans avoir accès à l’information contenue dans les photos aériennes.  Nous pouvons identifier des histoires de genre dans plusieurs cartes historiques, mais surtout dans les deux exemples de Meacham’s démontrés ici (Figures 2 et 5).  Les femmes sont souvent identifiées comme étant propriétaire de terrain dans les atlas historiques.  Par exemple, à Clyde River, Sarah Fisher avait cinq acres et au moins deux bâtiments près de la rivière au lieu qui est aujourd’hui l’entreprise MacPhee Meats.  Sans moulin ou de terre agricole, il est possible qu’elle fût propriétaire d’une taverne, d’un gîte ou encore d’un autre commerce qui aurait bénéficié de ce lieu rural très achalandé.  En comparant le Meacham’s avec d’autres plans cadastraux du lot 31 ainsi que des sources tels que des annuaires commerciaux, il serait possible d’identifier Fisher et son entreprise à d’autres points dans le temps.

Dans le lot 15, un des rares lots de 150 acres était divisé entre Mme Maxim Arsenault et ses filles, même si le lot de 100 acres des filles n’avait pas de résidence.  Ceci était une méthode commune pour léguer une propriété, et en 1927, la ferme fut vendue et divisée à nouveau.  Plus généralement, la différence dans la grosseur des propriétés moyennes dans le lot 15 et le lot 31 nous démontre les tendances quant aux successions ainsi que les circonstances économiques et culturelles auxquelles les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard et autres groupes minoritaires au Canada ont fait face.  Ces problématiques industrielles, environnementales, culturelles et liées au genre ne sont que quelques-unes des questions que nous pouvons répondre grâce aux cartes, utilisées conjointement avec une variété de matériaux historiques.

 

 

Ressources

Imprimé

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Boylan, John. “The Best Laid Plans: Fire Insurance Mapping on Prince Edward Island” dans Island Magazine, no 58, 2005, p. 23-27.

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Clark, Andrew Hill. Three Centuries and the Island. Toronto, University of Toronto Press, 1959.

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Hatvany, Matthew G. “Tenant, Landlord and Historian: A Thematic Review of the ‘Polarization’ Process in the writing of 19th-century Prince Edward Island History”, dans Acadiensis, vol. XXVII, no 1, automne 1997, p. 109-132.

Hodgkiss, A. G. Understanding Maps: A Systematic History of their Use and Development. Folkestone, William Dawson & Son, 1981.

Kain, Roger J. P. et Elizabeth Baigent. The cadastral map in the service of te state : a history of property mapping. Chicago, University of Chicago Press, 1992.

MacNutt, James W. The Historical Atlas of Prince Edward Island: The Ways we Saw Ourselves. Halifax, Formac Publishing, 2009.

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Monmonier, Mark. Coast Lines: How Mapmakers Frame the World and Chart Environmental Change. Chicago, University of Chicago Press, 2008.

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Sobey, D. G. Early Descriptions of the Forests of Prince Edward Island: A Source Book. Charlottetown, PE, Prince Edward Island Dept. of Agriculture and Forestry, 2002.

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Digitales

Sites nord-américains

Site de l’atlas du Canada http://atlas.nrcan.gc.ca/site/francais/index.html/document_view